Chapitre 2 : Qui est-il ?
Je ne réalise pas vraiment. Donc quelqu’un, enfin ce… William. M’a suivie, épiée, droguée, emmenée contre ma volonté dans un salon de tatouage et m’a ramenée chez moi comme si de rien n’était. Tout en sachant pertinemment qu’il ne voudrait pas vivre. C’est tordu. Il n’a même pas voulu me rencontrer, ni essayé de me parler. J’ai donc maintenant un tatouage et le souvenir d’un type mort.
Et s’il ne l’était pas ? S’il n’était pas allé jusqu’au bout de son plan ? Peut-être qu’en ce moment même il est sur un lit d’hôpital ? Peut-être qu’il est mort mais que son corps n’a pas encore été retrouvé ? Et s’il me fait juste croire ça pour que je ne le cherche pas histoire que son petit cul ne finisse pas en prison. Je veux savoir, parce que s’il respire encore, il est hors de question qu’il s’en sorte.
Je vais peut-être lui extorquer des aveux et la police n’aura pas d’autre solution que de me croire cette fois. Je me fiche pas mal de son argent. Il m’a suivie, il m’a droguée, il m’a fait tatouer je ne sais où sans mon consentement et posée comme une fleur sur mon canapé après m’avoir déshabillée. Est-ce que je devrais oublier tout ça en me disant que maintenant je suis presque riche ? Il se donne le beau rôle mais c’est un type dérangé.
Mes spéculations vont devoir attendre car mon portable sonne. Sur l’écran, le prénom de Gabrielle s’affiche. J’hésite à répondre car mon monologue intérieur m’a échauffé l’esprit.
– Allo ? Kira ?
– Je suis là.
– Ca va ?
– Non. Ca ne peut pas aller bien là tu vois.
– J’arrive toujours pas à croire à cette histoire de fou ! Quand j’ai raconté ça à Alma et Jeanne elles ont cru que je leur faisais une blague. Ce n’est pas une blague que tu nous fais, hein ?
– J’oserais pas vous faire ce genre de blague ! J’ai un putain, de tatouage sur le bras Gabrielle ! dis-je en perdant patience.
Si même mes amies ne me croient pas, alors c’est sûr ce policier ne me croirait pas non plus ! Pendant que je prononçais ses mots, je fixais mon avant bras. Le bougeant de gauche à droite et inversement pour voir ma peau encrée sous toutes les coutures.
– Tu as été au commissariat ?
– Oui, oui… mais ça ne s’est pas passé comme je voulais. Le type n’a pas voulu prendre ma plainte. Il m’a regardée comme si j’étais une folle, ou une droguée, ou peut-être les deux. J’ai préféré partir. Pas d’agression, pas d’effraction, pas de vol bla bla bla… Voilà ce qu’il m’a dit.
– Mais c’est dingue ça ! Tu veux qu’on y retourne dans l’après-midi. Je suis sûre que les filles seraient d’accord !
– Non, laissez tomber. Il faut que je me remette de ce qui s’est passé. Je me sens comme abusée…
– Tu ne dois pas rester seule Kira ! Au moins laisse nous ramener de quoi grignoter et passer la soirée avec toi.
Je sais qu’elles ont raison. Je sais qu’il n’est pas raisonnable de rester seule dans cet état, surtout pas après ce qui s’est passé. Je sens qu’au fond de moi cette histoire ne m’a pas laissée intacte. Je me sens perdue et de nouveau les larmes montent à mes yeux puis coulent sur mes joues.
– Vous avez raison. C’est pas une bonne idée de rester seule.
– Tu te poses, tu te détends et nous on passera à sept heures et demi, max huit heures. Ok ?
– Ok. Je vous attends les filles. A tout’
Je termine cette conversation et me rend compte que j’ai deux messages. Ce sont Jeanne et Alma. Elles sont toutes les deux très inquiètes et pour cause. Cette histoire rocambolesque est à peine croyable. Elles m’assurent de leur soutien. Seules mes amies proches sont pour l’heure au courant et il faut que cela reste ainsi. Pas question d’alarmer mes parents. En tout cas, pas pour le moment. Ils ne comprendraient pas. D’ailleurs, ils ne comprennent pas grand-chose à ma vie. Ils sont capables de me dire que tout ça m’est arrivé parce que j’habite « une grande ville » et qu’ils m’avaient prévenue. Pour l’instant, je souhaite me passer de ce manque de compassion. Je n’ai pas l’énergie de me défendre.
Un rapide coup d’œil au salon me donne l’impression d’une pièce dérangée. Contrairement à ce que j‘aurais fait d’habitude, je décide d’ignorer le chaos ambiant pour me concentrer sur cette lettre. Je la relis. J’ai l’impression que je pourrais y voir quelque chose de différent. Une information que j’aurais raté. Ce papier me connecte à William. C’est son écriture. Il a touché ces feuilles et j’ai l’impression de me lier à lui quand je les ai dans les mains.
Dans ma quête d’en savoir plus, je les rapproche de mon nez. J’hume mais il n’y a qu’une odeur de vieux bloc note ou peut-être est-ce simplement l’humidité de la boite aux lettres. Un riche qui écrit sur des bouts de papiers négligemment déchirés. C’est bizarre. Je fais des vas et viens entre la table où j’ai finalement jeté les feuilles et la porte fenêtre du salon qui donne sur la rue. Je l’ouvre pour avoir un peu d’air frais.
Les gens vaquent à leurs occupations en bas, sans se douter de ce qui m’arrive. Leurs vies suivent leurs cours pendant que la mienne ne sera plus jamais pareil. Je suis sans doute en train de devenir paranoïaque mais j’imagine que le dit William est posté dans un endroit d’où il a vue sur mon appartement. Où peut-il bien être ? Dans le café ? A la laverie ? Peut-être au restaurant chinois ou en train de faire semblant de s’acheter des fruits chez le primeur ?
Un frisson me parcours le dos et je recule en me cognant le talon sur le seuil de la porte. Je manque de tomber et me rattrape in extrémis à la poignée, ce qui fait vibrer les vitres. Mon cœur s’est emballé. Ce sentiment que je ressens, c’est de la peur. La peur de devoir vivre ainsi pour le restant de mes jours si je ne pars pas à la recherche d’informations.
Il faut que je sache ce qui s’est vraiment passé. D’ici que les filles arrivent ce soir, il y au moins quatre bonnes heures à tuer et je ne compte pas les passer comme un lion en cage. Je dois contrecarrer ce sentiment d’impuissance. J’attrape mon ordinateur et je commence mes recherches. Deux clics plus tard, me voici en train de taper les mots clés suivants : William-suicide-6 juillet.
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