Chapitre 3 : Que les recherches commencent
Il n’y a rien. Pas de William retrouvé mort hier, ni aujourd’hui. Enfin si, deux vieux, mais pas dans la région. L’hypothèse du mensonge se renforce au détriment de celle du suicide. Je sais qu’il est peut-être sans vie quelque part et qu’il n’a pas encore été retrouvé, mais je n’adhère pas à cette possibilité là.
Mon instinct est aussi clair que ce tatouage sur mon bras. Je ne me décourage pas et essaie d’autres combinaisons de mots : homme mort Paris, homme mort Paris 5 juillet, puis la même chose avec 6 juillet. Suicides Paris aussi. Je ne trouve rien de rien.
En me grattant la tête, j’ai ce qui m’apparait comme une idée brillante : cette lettre pourrait servir de preuve si je retournais à la police. Ils devraient pouvoir en tirer des empreintes. Malheureusement, mon sourire s’efface vite de mon visage parce qu’après avoir visionné une centaine d’épisode des Experts, je devrais savoir que ça ne peut pas être si simple.
Dire que j’étais une fan de la première heure, maintenant me voilà en train de m’inspirer de cette série américaine pour sauver ma propre existence. Il se peut malheureusement, que notre William, grand prédateur devant l’Eternel, ait pris des précautions en ne laissant aucune empreinte sur le papier. Il n’y aurait alors que les miennes, ce qui corroborerait la thèse selon laquelle je suis une déséquilibrée qui abuserait de substances illicites jusqu’à perdre la boule et se faire faire un tatouage pour finalement ne pas s’en rappeler le lendemain matin…
Et si j’insiste, je vais finir en hôpital psychiatrique. Hospitalisation sans consentement qu’ils appellent ça. Je l’ai vu dans un film avec Angélina Jolie. Et ça, ça ne va pas m’aider du tout ! Ce n’est certainement pas moi la folle de l’histoire.
Un coup d’œil rapide à mon portable me fait savoir que j’ai passé un peu plus d’une heure à faire des recherches. Il me reste donc moins de trois heures avant que les filles n’arrivent. Il faut que je change de stratégie, je tourne en rond. S’il n’y a aucune information sur un potentiel suicide, je devrais chercher autre chose.
Mon bras, à l’endroit du tatouage, me démange. Heureusement que j’y jette un coup d’œil avant d’y mettre la main car l’encre est en train de suinter et ma peau est toute rouge. C’est poisseux, peu ragoutant. Vite, un essuie tout ! Pendant que je tamponne cette horreur et que l’encre colle au papier, une idée me vient.
Pourquoi je ne chercherais pas le tatoueur en question ? Des salons qui ont tatoué, hier soir, une fille complètement éméchée accompagnée d’un gars, en nocturne, ça ne doit pas courir les rues. Je donne encore deux petit coups pour bien éponger ce qui dégorge et je jette le papier à la poubelle. Je me rassois devant l’écran, direction les « Pages Jaunes ». Enfin, pas tout de suite.
Je suis interrompue par mon téléphone qui sonne. Encore. C’est ma mère ! C’est étonnant qu’elle m’appelle maintenant. Il n’est pas dix-huit heures. Généralement, elle sait que je suis encore au travail ou alors dans les transports en commun et que la connexion est très mauvaise. Il s’est passé quelque chose chez eux aussi ?
En général, si ma mère m’appelle c’est soit pour prendre des nouvelles, enfin plutôt me donner les siennes, ou pour que je démêle un problème pour elle ou pour mon père. Ma logique a fait des bons, ma raison des loopings. Je suis censées être dans les transports à cette heure, donc je ne dois pas décrocher. Ce serait le meilleur moyen d’éveiller les soupçons.
Mes parents ont soixante-dix ans tous les deux, mais encore toute leur tête. Ils seraient bien capables de détecter un mensonge rien qu’au son de ma voix. Je ne vais donc prendre aucun risque, elle tombera sur le répondeur, laissera un message puis je l’écouterai plus tard. Pour l’heure, je dois mener ma petite enquête.
Moi qui pensais que ça allait être rapide, et bien je me suis fourré le doigt dans l’œil. S’il n’y a bien que vingt adresses sur la page que je suis en train de consulter, ce sont bien six pages en tout que je dois parcourir, c’est-à-dire pas moins de cent vingt « tatoueurs » ou « tatoueurs perceurs ». Les photos d’illustration censées donner envie, je suppose, aux futurs clients me font froid dans le dos. Ce truc a beau être à la mode, je n’ai jamais eu envie de me faire marquer à vie.
D’ailleurs la tête des types me repousse. Il y a même des cranes tatoués, le summum du mauvais goût pour moi. A cet instant, je me rend compte que ma mère et moi avons, une fois n’est pas coutume, le même avis sur la question. Si elle voyait mon bras, elle en ferait une crise cardiaque. C’est pourquoi il ne faut absolument pas qu’elle soit au courant de cette histoire. Quand j’aurai retrouvé ce salopard et qu’il m’aura payé des dommages et intérêts, je pourrai financer des séances de laser pour enlever cet immondice et reprendre une vie normale. Pour l’instant c’est une preuve dans mon affaire.
– Allô ? Addict Tattoo ?
– Ouiii… si c’est pour un rendez-vous, on est complets aujourd’hui.
– Eh, non. En fait, je crois que j’ai oublié mon portable hier soir en venant me faire tatouer avec mon ami. Ca devait être autour des trois heures du matin.
– Trois heures du matin ? Ou de l’après-midi ?
– Trois heures du matin. En pleine nuit quoi !
– Ah non ma chérie, c’est pas chez nous. Nous on ferme à minuit au plus tard, sauf si on a une résa spéciale. Trois heures du matin c’est sûr que c’est pas nous. Tu t’es trompée de numéro !
– D’accord. Désolé du dérangement.
La fin de la conversation apaise mes tympans. La musique en fond était assourdissante et la femme qui m’a répondu hurlait pour que je l’entende. Sur les quarante salons suivants, seule la moitié a répondu. Même genre de musique assourdissante et pas de fille tatouée au milieu de la nuit hier soir. Je laisse échapper un soupir d’agacement. Je dois me rendre à l’évidence, mon plan ne m’a pas mené à grand-chose pour l’instant.
« Toc, toc, toc ! ».
Mince, il est déjà vingt heures ! J’ai perdu la notion du temps. Je referme l’ordinateur puis je glisse vite fait bien fait dans le premier tiroir venu. Je retape les coussins du canapé à la va-vite puis je me masse vigoureusement le visage et hurle : « J’arrive ! » en me dirigeant vers la porte. Derrière, ce sont bien mes trois copines avec leurs sacs de courses.
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