Ici et ailleurs

Aree (prononcer Ari), signifie personne aimable, gracieuse et bien élevée en langue Thaï. Lorsqu’elle est née, l’unique enfant de la famille Chayasit a fait la joie de ses parents qui avaient pour elle, conformément à leur génération, des rêves de femme au foyer et conformément à leur rang, l’aspiration qu’elle épouserait un homme riche et avenant. Finalement, la vie a fait d’Aree une aide soignante à la « Maison des pins» en Provence, loin de sa terre natale. Infirmière dans son pays, la Thaïlande, elle n’a pas pu obtenir d’équivalent de son diplôme en France. Pourtant, être là où elle est aujourd’hui est une victoire sur la vie et ses peurs.

Jamais Aree n’aurait pensé venir vivre en Europe. Encore moins en France. Sa famille était suffisamment riche et bien implantée dans leur communauté pour ne pas envisager une immigration. Pourtant sa vie était influencée par un songe. Un rêve d’une nuit de mars qui deviendra celui de toute sa vie. Bouddhiste, Aree n’avait jamais donné d’importance à ce rêve.

Et pour cause sa religion n’accorde pas de grande valeur aux songes. Ils ne valent pas grand-chose car la réalité est toujours supérieure à l’imagerie nocturne. De plus, à dix-sept ans, elle était encore bien jeune et pas le moins du monde préoccupée par son avenir.

Une année plus tard, après avoir fait de nombreuses fois le même rêve, elle prit conseil auprès de son père. Ce dirigeant d’entreprise en import export d’objets de décoration était très superstitieux. Il savait donc si ce rêve était de mauvaise augure. Il ne prenait pas la demande de sa fille à la légère et comme il le ferait pour une décision importante concernant son entreprise, il se rendit au temple.

Finalement, il y retourna plusieurs fois, autant de foi que ça fille lui rapportait ce rêve. Chaque fois, il demandait un entretien avec un moine afin d’être éclairé. Il racontait mots pour mots ce que sa fille lui avait rapporté : dans son rêve elle embarquait avec une seule et unique valise dans un avion. L’appareil était peint en blanc et ne portait aucun signe distinctif. Elle allait droit à son siège sans croiser aucune hôtesse ou aucun steward, rangeait son bagage au dessus de son siège puis prenait place. Il y avait d’autres personnes sur ce vol, des hommes et des femmes, mais elle ne les connaissait pas.

Toujours seule, elle s’asseyait, regardait le tarmac par le hublot puis s’assoupissait la tête contre la vitre. Elle se sentait engloutie dans un profond sommeil, avant même que l’appareil ne prenne son envol. Quand elle se réveilla, elle se tenait debout devant une tour en acier de forme pyramidale. Sur le gazon autour d’elle, des familles et des jeunes étaient assis tout sourire. Ils pique-niquent.

C’était un chaud et lumineux après-midi. Certaines fois, ce rêve avait une suite. Aree portait une blouse blanche. Elle se voyait marcher et regarder la poche droite de sa tunique. Elle y plongeait la main.  Le rêve s’arrêtait là, avant de pouvoir savoir ce qu’elle y cherchait, avant d’avoir une explication logique à ces images qui semblaient mélanger réalité et fiction.

Pour apaiser ses nuits, Nong, sa mère, lui faisait des infusions qu’elle agrémentait de miel pour apaiser ses pensées vagabondes durant son sommeil. Il y a également un nouvel arrivé sur la table de chevet, une statuette de Bouddha, ce qui ne sert strictement à rien, mais ça Aree le garde pour elle. En attendant, son rêve va et vient mais ne se fait jamais oublier.

Entre le moment où elle a commencé à faire ce rêve et le moment où elle se décida à immigrer en France, plus de dix ans s’écoulent. Dix années durant lesquelles, Aree seule enfant de ses parents, leur a fait le plaisir d’être d’abord une jeune fille puis une femme cultivée, diplômée avec une bonne situation avant de se marier.

En 2001, son père décéda le premier. Il laissa sa mère, alors femme au foyer, complètement abasourdie. Le pauvre n’avait que cinquante ans et c’est un accident d’hélicoptère qui mettra un terme à sa vie. Il était ce jour-là en déplacement pour aller inspecter une usine de son groupe. Aree l’a gardé pour elle, mais elle a pensé très fort que son rêve était prémonitoire. Elle l’avait interprété comme étant l’affirmation d’un drame en vol, avec la blouse comme signe d’hôpital ou de décès.

Mais voilà, la réalité étant là et les deux femmes ne sachant pas quoi faire de cette entreprise, elles ont fini par la vendre à un repreneur. Mal conseillées, elles auraient pu en tirer un meilleur prix mais l’argent vite obtenu a servi à rembourser quelques investissements et financer le quotidien des deux femmes et notamment la prise en charge de la dépendance grandissante de la mère.

Les mois passèrent et Aree se reconstruisit petit à petit mais le même rêve revenait. Elle ne disait toujours rien à sa mère qui allait pour sûr s’inquiéter. Elle pris un premier poste à l’hôpital international de Phucket en tant qu’infirmière. Elle y trouva une fois de plus un lien avec son rêve. Peut-être fallait-il y voir plusieurs bribes d’histoires dont le travail en milieu hospitalier serait la première maille.

Elle commença par un poste de nuit aux urgences, puis elle passa au service de chirurgie. Ses journées étaient rythmées par les patients venant subir des opérations qu’elle devait prendre en charge durant la journée. Elle soulageait ce qu’elle pouvait à coup de médicaments, veillait aux signes d’infection puis laissaient repartir les malades chez eux. Le soir en rentrant chez elle éreintée, elle appréhendait toujours de fermer les yeux car ce rêve qu’elle ne comprenait pas et qui revenait, elle l’appelait maintenant un cauchemar.

Aree rencontra son futur mari deux ans plus tard durant une journée de garde. Il s’appellait Supachai et il était lui aussi enfant unique. Elle était de garde le jour où il est venu se faire opérer du doigt. Le petit malin avait voulu ouvrir des huitres avec un couteau. Mais pas un couteau à huitres, un vrai couteau, avec une lame effilée. Résultat, son index était éventré tel un poisson. La mère était dans un état d’extrême nervosité et Aree en entrant dans la chambre savait qu’elle avait, en réalité, affaire avec deux patients au lieu d’un. Il y avait le malade qui souffrait dans sa chair et la mère qui soufrait dans son âme.

Elle se sentait plus qualifiée pour soigner l’un, que l’autre, ceci dit. Le malade a tout fait pour ne pas gémir mais il avait le visage déformé par la douleur, malgré la dose de morphine administrée. Sa mère qui voyait son unique enfant dans cette position, avait elle aussi le visage déformé par la douleur. Elle marmonnait sans arrêt, pleurait puis essuyait ses larmes dans ses habits.

Aree fini par s’amuser de la situation car Supachai, ne savais plus où se mettre. Il osait à peine la regarder. Elle s’employa a soulager la honte du malheureux à défaut de soulager sa douleur récalcitrante en apportant des tisanes, des mouchoirs et en passant régulièrement faire un petit coucou dans la chambre.

A midi, elle autorisa la mère à nourrir son fils avec son plat préféré plutôt que la pitance de l’hôpital. Plus la journée avançait et plus la mère s’adoucissait. Son fils ayant fini par s’endormir, elle ramena sa tasse vide au poste de soin et invita Aree chez elle au motif que son fils était célibataire. Elle avait vu en la jeune femme beaucoup des qualités qu’une épouse devrait avoir pour sa progéniture. Aree a gentiment refusé, jusqu’à ce que plusieurs semaines plus tard, Supachai lui-même, après avoir fait le pied de grue devant l’hôpital, vienne lui-même lui poser la question.

Ils se marièrent en février deux-mille-quinze sous un ciel radieux en présence de leurs amis et familles respectives, plus quelques notables invités par les deux familles. Mais après deux ans de bonheur conjugal, Aree perdit coup sur coup sa mère et son époux. Sa mère succomba en deux mois à un cancer du pancréas diagnostiqué en phase terminale et son époux mourut dans un accident de voiture avant d’avoir pu lui donner un enfant.

Après ces deux drames Aree n’était plus qu’une ombre. Elle s’en voulu, elle infirmière, de ne pas avoir vu les signes du mal qui rongeait sa mère. Elle culpabilisa de ne pas avoir retenu Supachai à la maison l’empêchant de prendre la route ce jour là. La peine qu’elle endura lors de la mort de son père n’était rien à côté de celle qui la rongeait jusqu’à l’os en ses instants. Celle-ci était double. Plus intime. Plus perçante. L’âme qui l’habitait l’avait quittée, la laissant vide et abimée telle une vieille armoire miteuse.

Elle tenait debout grâce à sa carcasse d’os et de peau. Ses gestes étaient devenus des réflexes. Mais elle dû de nouveau se reconstruire par peur d’être la suivante. Elle pris un maximum de congés mais le temps passait trop vite et elle devait revenir au travail. Elle n’était pas prête à affronter la méchanceté du monde : maintenant aux yeux des autres, elle portait malheur. On lui aurait même jeté un sort. Et pour ne rien arranger ce satané rêve se rappellait à son existence déjà dérangée. Les oui dire allaient bon train. Elle seraient en train de payer le prix pour un ancêtre maudit.

Même un an après les drames, les rumeurs continuaient de courir les rues. Certains patients sont allés jusqu’à la faire sortir de leur chambre afin qu’elle n’« amène pas la mort jusqu’à eux ». Ses collègues tentèrent de la soutenir mais bien vite la solution fut de se rendre anonyme. Masque et charlotte. On la prenait pour un homme car elle cachait ses cheveux. Elle ne portait plus son alliance comme pour se dissocier de son histoire.

A ce moment de sa vie, alors qu’elle était au plus bas, Aree fini par se réfugier dans ce cauchemar qui se transformait en un rêve. C’était si bon de se sentir ailleurs. Elle voulait quitter Phuket qui lui avait tant apporté mais où elle avait aussi tant perdu. Elle voulait déjà être dans cet avion qui l’emmenait loin. La France ne pouvait pas être pire que ce qu’elle vivait ici. Il fallait qu’elle aille par elle-même voir la terre qui l’appelait et lui tendait les bras.

C’était là que son futur se trouvait. Désormais seule au monde, elle commença à vendre ses biens. Elle payait des frais d’avocat spécialisé et se préparait petit à petit pour le grand départ. Il lui faudrait refaire sa vie à partir de zéro. Il n’y avait plus rien ici pour elle, il n’y avait plus de raison de lutter, tout la poussait à s’en aller.

Il lui a fallut neuf mois pour tout mettre en place. Autant de temps qu’il faut attendre pour avoir un bébé. Qu’elle ironie quand on sait que le sort l’a privée de cette bénédiction. Les démarches administratives imbuvables ne lui ont pas fait perdre foi en son rêve. Elle a hésité entre en parler à ses collègues et connaissances ou garder le secret. Mais avant même qu’elle ait décidé quoi que ce soit,  ils ont fini par se douter de quelque chose.

Ses voisins lui ont posé des questions lorsque de nombreux inconnus se pressaient chez elle et repartaient avec des meubles, les voitures que collectionnait son défunt mari ou de mystérieux paquets. Elle ne donnait jamais la vraie version de ces allées et venues. C’était tantôt pour rembourser des dettes, tantôt pour faire des dons à des associations de nécessiteux ou d’orphelins.

Aree n’avait pas peur de voir échouer son projet si elle en parlait autour d’elle, mais elle désirait plutôt le garder jalousement. C’était la seule chose qui la poussait à se lever le matin, faire face à l’adversité et lui donnait le sentiment que sa vie avait encore un but. Ce songe n’appartenait qu’à elle. C’est un appel de l’au-delà qui lui était strictement réservé. Un chemin dessiné pour elle. Elle avait décidé qu’elle ne se battrait plus contre lui mais qu’elle embrasserait ce chemin s’ouvrant à elle avec confiance.

Son père avait fait tant d’offrandes pour que depuis sa naissance elle soit protégée, pour qu’elle ait une bonne santé, puis plus tard pour qu’elle fasse de bonnes études et qu’elle ait un bel avenir, alors cela ne pouvait être qu’un signe de Bouddha qu’il fallait qu’elle suive cette voix.

Le plus dur a été de quitter un métier passion, le métier de cœur qu’elle avait toujours voulu exercer. Néanmoins ce matin, assise à l’aéroport de Phuket Aree s’évertuait à ne plus penser à sa vie d’avant mais à celle de demain. Elle se sentait bizarrement libérée depuis que ses maigres possessions matérielles étaient enfermées dans une valise. Elle tentait de tuer le temps en relisant ses cartes d’embarquement. Phuket- Bangkok, Bangkok-Paris.

Elle vérifiait les horaires encore et encore malgré le fait qu’elle soit déjà assise en salle d’embarquement, pile en face du comptoir. Son cœur a commencé à battre la chamade un peu plus tard, lorsque qu’elle a pris place à bord de l’avion. A la grande déception d’Aree, il n’était pas tout blanc mais jaune et rouge.

L’avion était rempli, pas comme dans son rêve. Elle n’avait plus de place dans le coffre au dessus de son siège pour y mettre son bagage à main, alors contrairement à sa vision, c’est l’hôtesse de l’air qui dû lui trouver une place dans un autre plus loin. Est-ce qu’Aree a douté de ce qu’elle faisait à ce moment là ? Absolument pas. Elle entendait la voix de son père lui dire :

  • « Le monde des rêves ne peut pas avoir plus d’importance que la réalité. »

Elle s’attendait à voir la Tour Effel depuis les airs en arrivant à l’aéroport de Paris – Charles de Gaulle, mais épuisée par plus de dix heures de vol et deux heures de transit ; Aree s’est endormie et c’est la lumière du soleil après la réouverture des hublots avant l’atterrissage qui l’a réveillée.

Conformément à ses projets Aree se rapprocha d’une association Thaïlandaise en France pour l’aider dans ses démarches administratives et trouver un appartement. Les premiers mois ont été durs mais grâce à son diplôme Aree trouva un place d’auxiliaire de vie en maison de retraite. Elle continua les cours de français commencés en Thaïlande et se faisait de nouveaux amis qui ne savait rien de son triste passé.

Elle n’avait jamais pensé travailler auprès d’un public exclusivement composé de personnes âgées mais elle a juste fait ce qu’elle faisait déjà des milliers de kilomètres plus loin. Elle agissait au quotidien avec douceur, amour et serviabilité comme elle l’avait fait avec sa belle-mère, sa propre mère, ainsi que les autres patient âgés de l’unité de chirurgie.

Les rêves ont maintenant cessés mais Aree sentait que sa route ne doit pas s’arrêter à Paris. Elle était allée plusieurs fois visiter la Tour Eiffel mais elle n’avait ressenti aucune émotion durant ses visites. Elle n’y a rencontré personne, ni vu de signe lui indiquant que quelque chose se trouvait là pour elle. D’ailleurs, rien ne se conformait à son rêve pour l’instant. Même pas la couleur de sa blouse de travail car celle-ci n’était pas blanche.

Qu’à cela ne tienne, elle quitta la capitale moins d’un an après son arrivée, direction le sud. Elle choisi le Var comme destination car cette région lui rappellait Phuket au mois de février, le mois où elle avait rencontré Supachai : les cours d’eau, la chaleur, les tons de vert tantôt verdoyants, tantôt jaunis par le soleil. Son héritage et ses économies la mettait à l’abri et elle décida, complètement sous le charme de la région, de s’acheter un petit appartement.

Deux petites chambres, une petite cuisine mais une grande pièce à vivre en guise de salon et salle à manger. Une salle de bain et un WC indépendant venaient compléter les équipements. Pénurie de personnel oblige, Aree trouva rapidement un poste dans une maison de retraite à vingt minutes de marche de son appartement. 

Le directeur qui n’avait eu que de bons retours sur son travail en région parisienne, ne tarda pas à lui proposer le financement d’une formation. Il souhaitait fidéliser son personnel et lui permettait de devenir aide-soignante. Et si elle le souhaitait, elle pourrait même envisager de se former en vu de retrouver le poste qu’elle occupait quand elle a commencé à travailler, c’est-à-dire redevenir infirmière. La belle asiatique accepta et signa son contrat.

Ce jour-là elle se coucha avec un sentiment de satisfaction. Un voile d’apaisement venait de se poser sur son cœur. Elle n’était plus triste de sa vie passée et commençait à sentir que son destin était s’éclaircissait. Elle s’endormit très tôt car elle commençait son service le lendemain aux aurores. Malheureusement, elle ne restera pas endormie jusque-là.

A quatre heures du matin, elle se réveille en sursaut. Et pour cause, elle vient de refaire le rêve d’elle prenant l’avion et arrivant en France. Ce rêve qui l’avait quittée revient maintenant se rappeler à elle, alors qu’elle était sûre d’avoir retrouvé la paix.

Aree, ne referme pas l’œil. Elle décide de prendre une douche, se préparer, et consacrer un long temps à la récitation d’un mantra apaisant. Elle arrive à son travail en avance et se change.  Les blouses propres des soignantes n’ont pas été livrées. Qu’à cela ne tienne, Aree enfile celle des infirmières avec leur accord. Elle papote ça et là un peu plus que d’habitude pour se changer les idées car elle ne veut pas se laisser déstabiliser.

En milieu de matinée, elle est interpelée par une collègue qui lui demande si elle veut bien descendre à son étage pour l’aider avec une nouvelle résidente. Cette dame est Thailandaise, ne parle pas un mot de français et est atteinte de la maladie d’Alzheimer. Aree est fort étonnée. Une autre thaïlandaise ici ? Qu’est-ce qui a bien pu conduire cette vielle dame dans une maison de retraite française ? Il est de coutume que ce soient les enfants qui s’occupent de leurs parents dans la culture Thaï. Pas en institution, plutôt à la maison au sein d’un cocon familial chaleureux.

Lorsque qu’Aree pénètre dans la chambre. La vieille dame toute menue se tient de dos. Elle observe la vue par la porte fenêtre de son petit balcon. Elle entend les deux professionnelles arriver mais ne se retourne pas. Aree pense à un problème d’audition et tandis que sa collègue se rapproche de la dame âgée pour lui parler de près et plus fort, elle reste en arrière et observe les nombreux cadres photos sur la commode.

Elle est coupée net. Il y a une photo… d’un avion blanc. Il lui rappelle bizarrement l’avion de ses visions. Une hôtesse de l’air se tient en haut de l’escalier montant à l’avion. Elle est tout sourire et ressemble étrangement à Aree. Des yeux en amande très expressifs, des sourcils fins et arqués, un visage ovale et fin avec en son centre un petit nez droit. Elles sont toutes les deux petites avec des jambes fines. Leurs cheveux sont longs et coiffés en chignon aujourd’hui encore.  D’autres photographies montrent l’hôtesse avec ses enfants. Deux garçons. Plusieurs photos la montrent également avec celui qui semble être son époux à des réceptions.

Aree est saisie et son pouls s’accélère. Cette femme a-t-elle quelque chose à voir avec son rêve ? Elle se rapproche de la patiente et veut lui poser des questions. Au même moment un homme rentre dans la pièce. Il dit bonjour, puis commence à parler thaïlandais. Ariee se retourne pour apercevoir l’homme. Il ressemble de façon troublante à son défunt mari Supachai. Il a les mêmes yeux, les mêmes cheveux bruns peignés en brosse, le même regard doux. La mère se retourne vers eux et leur sourit. L’homme regarde Aree et lui demande dans sa langue maternelle :

– Vous me comprenez ?

Aree répond par l’affirmative en Thai. Il y a maintenant trois visages illuminés dans la pièce. Ce moment de grâce est interrompu par une sonnerie. C’est certainement l’infirmière qui se demande où sont passés les deux jeunes femmes. Aree fouille la poche de sa blouse en quête du téléphone mais sans rien y trouver. Mais elle ne peut pas s’empêcher de regarder sa poche. Elle est blanche. Sa tunique est blanche. Elle redresse la tête et pose sa main sur sa bouche comme pour étouffer un cri. Elle croit rêver. La vieille dame lui prend la main et celle de son fils et dit :

– Je vous attendais.


Laisser un commentaire